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Louis Bertignac, l’histoire du guitariste de Téléphone

Louis Bertignac, l’histoire du guitariste de Téléphone

Le jeune soldat Louis fait ses classes

C’est en pleine adolescence qu’il découvre la guitare comme une évidence. Bien sûr l’instrument connaît à l’époque un peu son apogée avec des instrumentistes extraordinaires au sein de groupes comme The Jimi Hendrix Experience, Cream ou encore Ten Years After. Il y a aussi les Stones qui tiennent le haut du pavé, et bien d’autres artistes qui mobilisent les esprits. Le jeune Louis se nourrit de tout ça. L’arrivée de Led Zeppelin avec le gros son et la découverte de Rory Gallagher vont définitivement emporter Louis dans le monde de la six- cordes qu’il ne voudra plus quitter. Bertignac fait la connais- sance de Corine qui devient sa petite amie, elle-même branchée musique. Pour le jeune musicien, plus rien ne compte plus que la pratique de la guitare, et malgré les petits boulots enchaînés pour subsister, il rêve d’en faire son métier.

Les rencontres vont bon train, et Louis croise l’acteur Jean-Pierre Kalfon qui met sur pied son groupe « Kalfon Rock Chaud ». Le punk libérateur n’est pas encore là, mais l’ambiance est assez glam et l’esprit est « New York Dolls »… Les années 70 déboulent à toute vitesse, et le rock même en France prend ses marques. Les Super Goujats, groupe dans lequel officie Louis, croise la route de Jacques Higelin, alors en mutation rock. Le jeune Louis se forme à la scène et va même rejoindre l’équipe d’Higelin en studio pour l’album Irradié enregistré en 1975. Corine et lui intègrent aussi le groupe Shakin’Street en gestation, sans que la sauce prenne vraiment.
C’est bien sûr le groupe Téléphone, fer de lance du rock français, qui plaça ce guitariste en lumière, mais notre héros eut une vie avant et après. C’est ce que nous allons parcourir au cours de cette rétrospective. L’artiste jouissant maintenant d’une belle notoriété fait même partie du jury d’une grande émission populaire et… Musicale !

Téléphone et Bertignac à la guitare

Le groupe en question se forme tout à fait par hasard et de manière assez saugrenue. En novembre 1976, un concert est prévu au Centre Américain, haut lieu de la culture rock et folk à Paris. Le groupe qui doit assurer n’en est pas un… Car il se cantonne à deux musiciens… Jean-Louis Aubert, chanteur, guitariste et compositeur, flanqué d’un jeune batteur du nom de Richard Kolinka.
Mais ce duo n’est pas un groupe « complet » et c’est un problème pour le concert qui approche. Le bouche à oreille fonctionne et finalement in extremis se pointe l’autre « duo » formé par Corine à la basse et Louis Bertignac à la guitare. Pratiquement sans répéter, cet ensemble monte sur scène et exécute quelques compos d’Aubert, « Hygiaphone » et « Métro, c’est trop ! » plus quelques reprises des Who et des Stones. L’affaire semble être dans le sac, car la légende dit qu’une alchimie unique se produit entre les quatre membres. Ils n’ont pas encore tous le téléphone… Car le nom viendra un peu plus tard, pour l’heure, ils s’appellent « ! », jolie mystique non ? Le quatuor sous le charme décide donc de poursuivre l’aventure et se lance à la recherche de concerts. Un ami manager, ou désigné comme tel, Michel Ravard, s’occupe du job, et commence à démarcher une tournée des MJC (Maison des Jeunes pour la Culture, concept hélas disparu depuis) et des petits théâtres de province. Le son du groupe est inspiré de la mouvance du pub rock anglais, c’est à dire, doté d’une bonne dose de volume. Le méli-mélo des deux guitares rappelle bien sûr le travail des Stones pratiqué par le tandem Keith Richards/Mick Taylor. Les plans limpides Bertignac répondent à merveille aux rythmiques à base de riffs proférées par Jean-Louis. Si on ajoute la puissance et la précision délivrées par la basse et la batterie, on abouti à ce groupe hargneux tout à fait dans l’air du temps. Sachez que les morceaux de Téléphone sont très simples à jouer à la guitare.

D’ailleurs le public ne s’y trompe pas. Les adultes passionnés par la décennie d’avant n’adhèrent pas forcément au concept, mais les problématiques abordées dans les textes, évoquant révolte et frustrations adolescentes parlent directement au cœur des lycéens (et des lycéennes !). Nous sommes déjà en 1976/1977, le mouvement punk est arrivé en bousculant profondément les us et coutumes d’un rock passablement embourgeoisé. Nos amis de Téléphone ne sont pas spécialement issus de cette culture, mais à l’instar d’autres groupes comme Bijou et Starshooter, ils profitent de l’énergie et de l’entrain du mouvement pour se faire entendre. Pas d’Internet à l’époque, pourtant le groupe bricole pas mal, multipliant les événements saugrenus, comme un concert improvisé dans le métro parisien qui provoque une belle pagaille mais place le groupe sur orbite. Leur premier effort discographique est un 45 tours auto produit (live au Bus Palladium) et vendu sous le manteau à l’issue des concerts. Il contient les titres « Hygiaphone » et « Métro, c’est trop ! ». Quelques glorieuses premières parties comme celle d’Eddie And The Hot Rods au Pavillon de Paris finiront par asseoir définitivement leur réputation. Grâce à quelques articles bien sentis dans la presse musicale, le son du groupe arrive aux oreilles des directeurs artistiques des labels, et c’est Pathé-Marconi (EMI) qui le signe pour trois albums. Un accord entre les deux guitaristes, de ce fait co-leaders se fait, et les titres sont signés « Aubertignac », une ruse trouvée pour mélanger les deux noms ainsi que les droits d’auteurs…

Une photo des membres du groupe téléphone.
Le groupe téléphone dans sa jeunesse avec Louis bertignac sur la gauche.

L’archétype du groupe de rock

Deux guitares une basse et une batterie, depuis l’avènement des Beatles, le concept n’a rien d’original, mais ce format d’une redoutable efficacité continue à faire perdurer l’idée que l’on se fait du « rock », et à cet égard, le groupe Télé- phone se place d’emblée comme LE (meilleur ?) groupe de rock « français ». Les arguments sont multiples : d’abord la pêche du groupe sur scène qui transforme leurs prestations en mini événements. Les textes déclamés par Jean-Louis Aubert qui ne ménage pas ses efforts, écrits en français aussi et qui donc font mouche dans le cœur et l’esprit du jeune public. L’identification est quasi immédiate. Le fait qu’une fille, Corine, tienne la basse (et plutôt bien) ne fait qu’ajouter une part de passion pour le groupe, quant à Louis Bertignac, son jeu de guitare fluide et bien devant fait partie de la marque sonore de l’ensemble et devient très apprécié. Le premier album, qui porte le nom du groupe, sort vite, en- registré à Londres et produit par Mike Thorne. Il se vend super bien malgré une promotion mini- mum.

Sa carrière de guitariste

C’est en 1986, que Téléphone, après avoir annoncé une année sabbatique, finit par jeter l’éponge, sans doute usé par la route, et peut-être même par l’intensité de leur succès. Les projets solos se profilent à l’horizon, et l’envie d’exploiter d’autres champs musicaux efface la belle unanimité qui régnait jusqu’alors. Dix ans donc, c’est le temps qu’aura duré cette amitié musicale basée sur la complicité et la soif d’avancer ensemble. Mais avant les dissensions quasi inévitables, le groupe aura laissé derrière lui quelques albums d’anthologie. Cinq en dix ans, voici l’héritage laissé, hors les live, films et DVD. Chaque opus est traité avec soin, et produit par de grands noms du genre, venus de la
musique anglo-saxonne. Martin Rushent s’occupera de Crache ton venin puis de Au cœur de la nuit. C’est Bob Ezrin qui se chargera de Dure Limite, car le groupe désire prendre une place sur le marché international et, dans ce but, fait appel à ce grand maître du son. Enfin, c’est l’immense Glyn Johns (Stones, Who, Beatles, etc.) qui travaille sur le dernier, Un autre monde, qui servira de tremplin pour une tournée partie d’Europe et les emmène au Japon. Parallèle- ment, la scène reste leur terrain de prédilec- tion, et les concerts prennent les dimensions de leurs succès discographiques. On les verra à la première fête de la musique instaurée par l’arrivée de la gauche au pouvoir en mai 81pour un mémorable concert place de la République aux côtés de Jacques Higelin. L’année suivante, ils feront la première partie de leurs idoles, les Stones à l’hippodrome d’Auteuil, un énorme challenge pour le combo. Le début des années 80 voit le groupe à son apogée, en termes de succès et de ventes d’albums.

Friture sur La Ligne

Un groupe est une famille, et les conflits débarquent sans prévenir. Ce qui fonctionnait deux mois avant se transforme en obstacle incontournable sans explication cohérente. Sans rentrer dans les détails, une femme dans un groupe de d’hommes peut aussi engendrer son lot de déboires. On dit que la communication entre Corine et Jean-Louis tourne assez vite au vinaigre… Toujours est-il que malgré le succès de l’excellent et dernier album officiel du groupe, Un autre monde, la collaboration se lézarde. En fait dès l’album précédent, Dure limite, la belle cohésion s’était déjà un peu fissurée lorsque les membres séparés commencèrent à composer dans leur coin. Bertignac signe le fameux « Cendrillon », dont il assure même le vocal, toujours fer de lance de ses concerts d’aujourd’hui, Aubert commence à signer seul ses propres tubes comme « Ca c’est vraiment toi » et même Corine arrive à en placer une avec « Le chat » qu’elle compose et chante.
Ce gang d’amis qui s’était juré de travailler dans la totale fraternité et la fusion commence à com- prendre que chaque membre est en fait une entité spécifique.
La scission aura bien lieu et se déclinera comme elle avait commencée, en deux clans… Aubert reprend du service sous son propre nom en embarquant son pote de toujours Richard Kolinka à la batterie (ils collaborent encore fréquemment aujourd’hui). Louis s’en va comme il était venu, avec Corine à ses côtés et fonde Les Visiteurs qui dureront le temps de deux albums : Bertignac et les Visiteurs sorti en 1987 avec le tube « Ces idées la », puis trois ans après Rocks produit à Nashville par Jim Gaines.

RebRanche…

Depuis maintenant plus de trente ans après la dissolution, on reparle régulièrement de la reformation du groupe. C’est un peu le marron- nier des gazettes rock et même de la presse généraliste, d’autant qu’aucun des deux ex-lea- ders n’émet un non formel… Bertignac déclare aussi à la cantonade que ça devrait se faire avant de mourir… On a effectivement rarement vu des morts jammer ensemble, peut-être au paradis des rockers mais nous n’avons pas l’accès ! Bref, par contre Corine la bassiste historique semble s’écarter (ou être écartée ?) du projet… Ce ne serait donc que les trois quarts de la ligne qui serait rétablie. Toujours est-il que l’idée fait en- core saliver les ex-fans, qui de lycéens sont très certainement entrés depuis dans la vie active, mais qui aux dernières nouvelles répondraient toujours présent (les compilations du groupe se vendent encore plutôt pas mal).
Alors depuis la fin des Visiteurs, Louis Bertignac poursuit sa route, jalonnée d’albums solo et de collaboration diverses, dont la plus célèbre reste celle avec Carla Bruni, épouse Sarkozy, mais pas à l’époque. Il produit et accompagne l’ex pre- mière dame et pose au passage quelques jolies parties d’acoustique sur l’album. Il produit aussi Corine en 2002 qui sort de sa retraite pour un album solo sobrement titré Corine.
Louis traverse les années 2000 en toute quiétude, reprenant souvent la formule inventée par Hendrix en son temps, à savoir ce qu’on appelle un power trio, une basse une batterie et une guitare au milieu. En fait il excelle dans cette configuration dans laquelle toute sa verve guitaristique peut s’exprimer, comme dans sondernier effort à ce jour, l’album Grizzli, truffé de riffs et de solos mortels. On voit maintenant, et ce depuis deux saisons notre chevelu préféré faire partie du jury d’une grosse émission de TV, The Voice, ou notre guitariste est censé débusquer la plus belle voix de France… Flanqué de ses trois collègues issus de la variété, il est un peu la caution « rock » de l’affaire et c’est pour notre plus grand plaisir qu’on le regarde écraser le buzzer lorsqu’il entend une note bien rockailleuse et donc salvatrice…

Le matériel de guitare de louis bertignac

Louis n’est pas un collectionneur mais pas loin… à en juger les photos de son antre où l’on voit ses trophées accrochés aux murs mais jonchant aussi le sol comme des plantes sauvages dans une savane. Sa vraie première guitare sérieuse sera donc une Gibson SG, appelée à l’époque Les Paul Junior, dealée pour une poignée dollars lors de son premier voyage au U.S.A. Elle n’a qu’un seul micro P 90 et le manche fut transformé en 27 cases (au lieu de 22) par le luthier Jacobacci. Il ajoute vite quelques autres SG, clonant un peu Pete Townshend des Who qui en accumule un bon paquet. Puis il passe aux « vraies » Les Paul, une Black Beauty et une Gold Top de 1953, ainsi qu’une autre Gold Top de 70, modèle Deluxe avec les petits humbuckers. La marque Fender n’est pas en reste avec deux Strato série « L » possédées par l’artiste, une Corail, et une Sunburst, plus une belle Telecaster Blonde de 1971. Louis s’adonne beaucoup à l’acoustique et en possède une belle série, une Takamine NP 15-C, une Gibson Hummingbird de 1968 (une belle pièce), une douze cordes électroacoustique Yamaha, une bariton Lâg, une classique Antonio Sanchez ainsi qu’un résonateur Dobro, pas mal !

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