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Pantera, l’histoire du guitariste Dimebag Darrell

Pantera, l’histoire du guitariste Dimebag Darrell

4.5
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Le 8 décembre 2004, Dimebag Darrell Abbott se faisait assassiner sur scène par un déséquilibré dans un club de Columbus aux USA, emportant avec lui dans la tombe l’esprit authentique du heavy metal.

Dimebag Darrell Abbott était aussi métal que le métal pouvait l’être. Le cowboy de l’enfer transpirait cette musique et en incarnait l’attitude plus que quiconque. Pour lui, le métal représentait avant tout un mode de vie, une grande fête interminable et itinérante, arrosée de Jack Daniel’s et d’eau de vie Jeigermeister. Il adorait ça, peut-être plus encore que tous les fans qui lui ont voué un véritable culte tout au long de sa carrière, d’abord avec Pantera, et puis, sur la fin de sa vie, avec Damageplan, le band avec et pour lequel il a perdu la vie.

Un grand guitariste qui a changé le monde du metal

Ses influences

À onze ans, Dime devient fan de Kiss. Il s’inscrit à la Kiss Army avec sa voisine Rita Haney, qui deviendra plus tard sa compagne. Ils vont voir ensemble le groupe en concert et c’est en sortant de ce show que Dime décide de se mettre à jouer, comme il l’a souvent avoué durant l’âge d’or de Pantera : « Sans Kiss et Ace Frehley, je ne serais certainement pas là aujourd’hui ». Pour son 12ème anniversaire, il reçoit sa première guitare électrique, une copie Les Paul Honher. Dès lors, la passion le dévore. Vinnie Paul se souvient : « Il est tout de suite devenu obsédé par la guitare. Il jouait sans arrêt, même quand il était dans la salle de bain ». Ensemble, les deux frères écoutent Black Sabbath, Kiss, Iron Maiden, Judas Priest, et Van Halen. Ce dernier groupe les touche d’autant plus qu’Eddie et Alex Van Halen sont deux frères, tout comme eux. On retrouve un peu de tous les guitaristes de ces groupes dans le jeu hybride et enflammé de Darrell.

une photo de dimebag darrell avec sa fidèle guitare explosion de chez dean.
Découvrez l’histoire de dimebagg darrell et ses morceaux de guitare !

Sa Technique

Le jeu de Dimebag s’inspire forcément du blues, dont il privilégie surtout les gammes (qu’il joue souvent avec des doigtés à trois notes par corde) : la gamme Majeure et ses modes dérivés, ainsi que la gamme diminuée. Comme de nombreux guitaristes de métal très portés sur le blues, il utilise souvent des doigtés sans auriculaire, surtout sur les pentas (façon Van Halen ou Michael Schenker). Sa main gauche, très puissante, favorise le jeu rapide en legato, qui, combiné avec de féroces écartements entre l’index et le majeur, lui donne accès à une virtuosité phénoménale (Plan 1). Le strict aller-retour, en revanche, n’est pas son point fort, mais pour donner de la consistance à ses phrases rapides, il alterne souvent trois notes en legato avec trois notes attaquées. De même, si le tapping faisait partie de son arsenal technique au tout début de Pantera (époque Metal Magic), il l’a quasiment délaissé par la suite. Il n’utilisait jamais le sweeping sauf, éventuellement, pour des motifs répétitifs joués sur deux cordes. Son style était donc plutôt old-school, ce qui n’empêche pas ses phrases d’être jouissives et assez difficile à reproduire

Un talent hors du commun

Le jeune guitariste s’inscrit dans tous les contestes autour de Houston et les gagne haut la main. C’est ainsi qu’il acquiert sa première Dean ML et son premier ampli Randall. Les frères Abbott forment Pantera, qui déboule sur la scène glam rock de Houston dans les 80’s, et devient vite le leader du genre, écumant les clubs du Texas, même si certains membres, dont Dimebag, n’ont pas l’âge légal pour pouvoir y entrer. La réputation de Dimebag ne tarde pas à faire le tour des USA. Dave Mustaine tentera même de le débaucher pour jouer dans Megadeth.

Les guitares :

Le nom de Dimebag Darrell restera à jamais associé à Dean. De sa première « Lightning Bolt », jusqu’à la pléthore de rééditions que Dean a sortie après la mort du guitariste, le design de la ML, inspiré de la Gibson Explorer, restera inséparable de son image (à part un côté plus pointu et agressif, les nouvelles Razorback reprennent la même silhouette). Pourtant, de 96 à 2004, Darrell a travaillé avec Washburn, qui lui a réalisé quelques modèles signature, dont la Stealth, la Culprit, et la 333. Son modèle de micro Seymour Duncan, le Dimebucker, s’inspire du Bill Lawrence L500XL, qui équipait ses toutes premières guitares.

Ses effets :

Le floorboard principal de Darrell comprenait deux whammy Digitech (la seconde était utilisée en harmoniseur), une wah Vox (remplacée par un rack Crybaby, puis par son modèle Dunlop signature), quelques unités MXR (Flanger/ Doubler, Blue Box, égaliseur six bandes), et selon les périodes, un Flanger Electric Mistress (Electro Harmonix).

Ses amplificateurs :

Le son ultra distordu des amplis à transistors Randall a longtemps été sa marque de fabrique. Il en tirait un son énorme, en combinant des enceinte 4×12’’ (HP Celestion Vintage 30) à des caissons 1×15’’. Mais, juste avant sa mort, Dimebag avait adopté une nouvelle marque d’amplis, à lampes cette fois : Krank. Il a même développé un ampli signature en collaboration étroite avec Tony Dow, le concepteur/ingénieur de chez Krank. Nous lui avons demandé de se souvenir des moments privilégiés qu’il a passés en travaillant avec le guitariste.


En arrivant chez Krank, Dime est passé aux lampes. Voulait-il s’éloigner un peu du son typique de Pantera, puisqu’il venait de commencer Damageplan ?

En fait, il m’a avoué, lorsque nous nous som-mes rencontrés pour la première fois, qu’il n’avait jamais réussi à trouver un ampli à lampes capable de délivrer un son high gain suffisamment « chunky » pour coller à son propre style. Mais ça, c’était avant qu’il ne joue sur un Krank. Après avoir balancé quelques riffs, il a dit : « Mec, c’est la première fois que je tombe sur un ampli à lampes qui me tue à ce point ».

Il y a des centaines de marques d’amplis. Sais-tu pourquoi Darrell a choisi Krank ?

Darrell rencontrait de nombreux problèmes avec le matos de son endorseur précédent (Randall). Nous, on venait tout juste de démarrer avec Krank et on publiait un petit encart publicitaire dans les magazines de guitare, histoire d’attirer un peu l’attention. Dime a aimé l’esprit et le design de notre pub et il a donc décroché son téléphone pour nous appeler. Sur le coup, nous avons raccroché, croyant
qu’il s’agissait d’un canular. Puis le téléphone a sonné une seconde fois, et là, nous avons réalisé que c’était vraiment Dimebag Darrell au bout du fil.

S’y connaissait-il en électronique, en lampes, en circuits ?

Il s’y connaissait un peu et possédait une bonne culture de l’amplification, mais il ne rentrait pas dans des détails techniques. Il utilisait surtout des mots pour nous aiguiller. Il aimait beaucoup notre modèle Revolution, mais voulait un petit quelque chose en plus. Il me disait : « C’est bien, mais ça manque un peu de graviers » (rires). Ou bien : « L’attaque manque un peu de… Tu vois le bruit du frottement d’un papier de verre à gros grains ? Ben il me manque un peu de ça ». J’ai finalement réussi à obtenir le son qu’il voulait.

Avant que son modèle ne soit finalisé, il a utilisé des têtes Revolution avec Damageplan. Étaient-elles modifiées ?

Non, non, elles étaient exactement comme celles que vous pouvez acheter dans le commerce.

Lorsque vous bossiez sur le Krankeinstein, était-il du genre pointilleux ? Quelles étaient ses plus grandes exigences ?

Pour lui, outre le son, la qualité et la robustesse étaient très importantes. Il avait eu de gros soucis avec son matos précédent et il voulait pouvoir faire confiance à son ampli. Pour le reste, il avait un son en tête et nous l’avons trouvé relativement vite en faisant subir des modifications à une Revolution. Dimebag est resté chez nous quelques jours seulement. Il y a eu deux premiers prototypes génériques au départ pour le travail du son, et puis douze autres qui nous ont servi à finaliser le look de l’ampli.

Washburn Stealth

En tant que nouvelle société, n’était-ce pas irréel d’être sollicité par le dieu du métal en personne ? Bien sûr que si. Il nous fallait absolument trouver un guitariste à forte influence, quelqu’un qui pesait lourd dans le milieu du métal. Le fait que Darrell ait envie de jouer avec nos amplis nous a propulsé au premier plan. En plus, nous étions tous des dingues de Pantera : que Darrell viennent dans notre petit atelier pour travailler avec nous sur un ampli signature, c’était juste un truc de malade. Tu sais, ce mec était quand même le dernier des guitar heroes, enfin, je veux dire, ceux qui ont vraiment le son dans leurs pognes.

Tête Krankeinstein

« Quand on fait un album, notre but est toujours de donner le meilleur de nous mêmes. Si le résultat nous rend heureux, c’est vraiment tout ce qui compte. Après, il y a peut-être des journalistes qui détesteront notre boulot, mais on s’en fout, parce que nous savons déjà que nos fans décolleront autant que nous en écoutant nos nouveaux morceaux. »

Quelles sont les particularités du Krankeinstein ?

C’est vraiment un ampli High Gain. Dime voulait disposer d’encore plus de gain et nous a demandé d’équiper l’ampli d’un master volume global, qui contrôle essentiellement la section préamp de l’ampli. Il voulait pouvoir pousser le préampli tout en « affamant » un peu la section puissance, pour pouvoir disposer d’une grosse patate à un volume raisonnable.

A-t-il joué avec le Krankeinstein sur scène, ne serait-ce qu’une fois ?

Non… Le pauvre n’en a pas eu le temps. Nous venions tout juste de lui envoyer le prototype final de l’ampli le jour où il a été assassiné. C’est tellement dommage qu’il n’ait pas pu jouer avec l’ampli de série…

Penses-tu que le Krankeinstein soit l’ampli utlime du métal ?

Je ne sais pas… Tout ce que je sais, c’est que cette tête se positionne au top de la production actuelle et qu’elle est capable de faire ce truc si particulier dont seuls les métalleux raffolent : jouer avec une tonne de gain et de grosses basses bien mortelles, tout en ayant un son présent, perçant et hyper tight, grâce à notre « sweep control », qui permet de balayer les fréquences comme un scalpel. C’est peut-être bien l’ampli ultime, ah ah !

Te souviens-tu d’une anecdote particulièrement cool avec Darrell ?

Quelques jours après qu’on lui ait fourni des amplis pour partir sur la route, mon téléphone a sonné en pleine nuit, à trois heures du matin. Je me suis levé pour répondre et c’était Dime. Il m’a dit, un peu éméché : « Salut Tony, c’est Drunkbag Darrell au bout du tuyau » (drunk signifie bourré). C’était un mec vraiment drôle, tu sais. Il voulait juste me dire à quel point nos amplis lui « bottaient le cul » et que tout le monde trouvait qu’il avait un son énorme.

Une dernière pour la route…

Un jour, il m’appelle et me demande de venir le rejoindre, parce qu’il rencontrait un pépin avec ses amplis. J’ai été obligé de prendre l’avion afin de me rendre sur place. Tout ça pour m’apercevoir que le problème venait tout simplement d’un foutu câble HP. Sacré Darrell ! Tout ce chemin pour un câble… (rires)

J’imagine qu’il a dû jouer pendant qu’il était chez vous…

Oui, il jouait et jammait sans arrêt, même pendant qu’on parlait et qu’on bossait, il ne lâchait pas sa guitare. Il jouait tous ces plans cools typiquement dans son style. C’était un guitariste extraordinaire, le genre de mec capable de faire sonner n’importe quoi.

Dimebag avait la réputation d’être un homme d’une rare gentillesse, toujours soucieux de rendre les gens heureux. Tu confirmes ?

Oui, Dime était un mec en or et je peux te dire qu’il nous a toujours traités avec beaucoup de respect. C’était un personnage « larger than life » (plus grand que nature, hors du commun), mais en même temps, il était humble et tout simplement heureux d’être avec nous. Je ne l’ai pas connu très longtemps, mais il me manque énormément.

Le 8 décembre, ses fans du monde entier l’ont pleuré et des fêtes ont été organisées un peu partout en sa mémoire. Qu’as-tu fais ce jour-là ?

J’ai pensé à lui, bien sûr, mais la meilleure façon de lui rendre hommage, c’est de continuer de fabriquer des amplis qu’il aurait adoré utiliser. Je suis resté à travailler dans mon atelier.

« Tout dans le rock’n’roll n’est qu’une histoire de cycle, de va et vient. Tout ce qu’il y a à faire, lorsque l’on croit vraiment en la musique que l’on joue, c’est de rester authentique en attendant des jours meilleurs. Nous, on a de la chance, parce que le succès ne nous a jamais abandonnés. Pour autant, nous n’avons jamais vendu notre âme pour rester à ce niveau. »

 

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